Horace Odes

 

 

 

 

 

I, 9.

 

 

 

Tu vois comme s’élève le Soracte couvert

 

D’une neige épaisse, sa blancheur

 

Immaculée Les forêts peinent

 

A supporter leur faix

 

 

 

Le gel mordant a fait

 

S’immobiliser les fleuves

 

 

 

Dissipe le froid par des branchages

 

Ajoutés sans compter au feu

 

Et de l’amphore aux deux oreilles

 

Verse généreusement, roi du festin,

 

Un vin sabin de deux années

 

 

 

Laisse aux dieux tout autre souci -

 

A peine ont-ils fait tomber les vents qui se battaient

 

Sur les eaux bouillonnantes de la mer

 

Les vieux cyprès, les frênes

 

Vénérables ne bougent plus

 

 

 

Ce que sera demain, fuis le désir

 

De le savoir, quel que soit le nombre d’heures

 

Que te donne le destin, mets-les

 

Au nombre des gains

 

 

 

Et ne méprise

 

Etant jeune l’amour charmant,

 

Danse et chants, tant que tu es

 

Plein de vigueur, et loin

 

La vieillesse chagrine

 

 

 

C’est maintenant qu’il te faut

 

Rechercher le Champ de Mars

 

Les places, les rues, les doux murmures

 

À la nuit tombante, à l’heure

 

Convenue

 

 

 

Aussi, le rire délicieux qui trahit

 

Cachée dans un coin la jeune fille

 

Le gage arraché à sa main ou aux bras

 

Feignant de se défendre

 

 

 

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II, 3, p. 75

 

 

 

Souviens-toi dans les moments

 

Difficiles, de conserver

 

L’âme égale, pareillement qu’elle s’abstienne

 

Quand tout va bien

 

D’une joie insolente, ô Dellius,

 

Toi qui dois mourir

 

De toute façon

 

 

 

Que tu aies vécu toute ta vie dans la tristesse

 

Ou que les jours de fête couché

 

A l’écart dans l’herbe

 

Un Falerne de derrière les

 

Fagots ait fait ton bonheur

 

 

 

Pourquoi le pin interminable, le peuplier argenté associent-

 

Ils leurs branches pour

 

Un seul ombrage hospitalier

 

Pourquoi l’eau peine-t-elle à fuir

 

En frémissant dans les méandres

 

De son lit

 

 

 

Fais porter là du vin, des onguents, les fleurs trop brèves

 

De la belle rose, tant que ton état,

 

Ton âge, le fil sinistre des trois sœurs

 

Te le permettent

 

 

 

Tu laisseras les vallons que tu as

 

Peu à peu réunis, tu laisseras

 

Ta maison, la villa que baignent

 

Les eaux jaunes du Tibre Un héritier

 

Mettra la main sur ta fortune

 

Laborieusement entassée

 

 

 

Peu importe que riche et né

 

De l’antique Inachus, ou pauvre,

 

D’infime extrace, tu meures

 

Sous les étoiles victime

 

D’Orcus impitoyable

 

 

 

En même lieu on nous mène

 

Tous, on agite

 

Dans l’urne le nom de chacun, il en sortira

 

Tôt ou tard, au moment de prendre

 

La barque de l’éternel exil

 

 

 

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II, 14

 

 

 

 

 

Rapides, rapides, mon cher Postumus,

 

Glissent les années, et nulle piété

 

Ne retardera les rides, la vieillesse

 

Qui nous talonne, la mort

 

Indomptable

 

 

 

Pas même d’égorger trois cents

 

Taureaux, un chaque jour,

 

Comme si tu pensais trouver grâce aux yeux sans larmes

 

Jamais de Pluton qui de son eau triste retient le triple géant

 

Géryon, et aussi Tityos

 

Nous la traverserons tous autant que nous sommes, cette eau-là, nous

 

Qui nous nourrissons des dons de la terre

 

Rois aussi bien que pauvres paysans

 

 

 

En vain nous fuirons l’épée

 

Sanglante du dieu Mars, les flots qui se brisent

 

De l’Adriatique à la voix rauque

 

 

 

A l’automne en vain

 

Nous éviterons le sirocco

 

Malsain

 

 

 

Un jour il faudra bien

 

Aller voir les eaux noires du Cocyte

 

Mou, les Danaïdes

 

Infâmes, Sisyphe l’Eolide damné

 

Eternellement torturé

 

 

 

Il faudra chacun laisser

 

La terre, une maison, l’épouse

 

Qu’il aime, et de tous les arbres que tu soignes,

 

O leur maître éphémère, aucun

 

Ne t’accompagnera que

 

Le cyprès funèbre

 

 

 

Un héritier plus intelligent que toi videra

 

Le cellier précieux fermé de cent serrures

 

Il tachera tes dalles d’un vin meilleur

 

Qu’aux festins orgueilleux des grands prêtres

 

 

 

 

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I, 4.

 

 

 

A peine revenus le printemps délectable et le vent

 

D’Ouest, fond l’acre hiver -

 

Les cylindres font redescendre vers la mer

 

Les sèches carènes

 

Et plus les bêtes ne se réchauffent aux étables, le paysan

 

Au feu

 

Ni les prés ne s’emperlent de givres

 

 

 

Déjà la déesse de Cythère, Vénus, conduit ses danseurs sous la lune

 

Haute dans le ciel, déjà les Grâces mêlées aux Nymphes,

 

Figures de la beauté, frappent le sol

 

D’un pas rythmique -

 

Aux lourdes forges des Cyclopes

 

S’embrase Vulcain

 

 

 

C’est l’heure maintenant -

 

Parfume-toi la tête, ceins tes cheveux luisants

 

De myrte vert, des fleurs

 

Qu’apporte le dégel des terres

 

 

 

C’est l’heure où immoler dans l’ombre

 

D’une clairière

 

Au Faune le chevreau ou l’agnelle qu’il attend

 

 

 

La mort blême pousse d’un pied égalitaire

 

La porte des taudis, celle des palais -

 

Riche Sestius, la vie est trop courte

 

Pour les longues espérances -

 

Bientôt t’environneront les démons fabuleux de la nuit

 

La demeure insaisissable de Pluton

 

A peine y auras-tu fait halte

 

Tu ne seras plus jamais roi du vin

 

Par la grâce des dés, tu n’admireras plus

 

Le gracieux

 

Lycidas qui fait brûler les jeunes gens

 

En attendant que soupirent pour lui les vierges