Agnon Doublement Sefer hamaasim 2

 

 

 

 

SHMUEL-YOSEF AGNON

 

 

 

Doublement1(pi shnayim) 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette fois-là je n’étais pas prêt pour Yom Kippour ; pourtant à la tombée de la nuit, le soir de Kippour, je me rendis à la synagogue de mon quartier ; toutes les autres années, j’étais allé prier dans la Ville. La gloire du Saint béni soit-il remplit la terre entière, quel que soit le lieu où un homme prie sa prière est agréée, à plus forte raison dans une synagogue, à plus forte raison à Jérusalem qui est toute dédiée à la prière. C’est vrai que les synagogues de la Ville sont pleines de Juifs pieux et intègres qui savent se concilier leur Créateur par la prière, d’officiants qui prient avec ferveur ; mais je me dis à moi-même : qui suis-je donc pour rechercher la ferveur ? Il suffit à un homme comme moi de prier avec les mots du rituel.

 

 

 

2.

 

 

 

La synagogue était pleine à craquer. Ceux mêmes qui de toute l’année n’avaient pas l’habitude d’y venir étaient venus et se tenaient là, leur talith sur le cou et leur rituel dans les mains, et sur leurs visages paraissait quelque chose comme un semblant de reflet de la sainteté du jour. À côté d’eux se tenaient leurs fils et leurs filles encore petits. Le cœur de ces enfants hésitait encore : « Ce que nous voyons là, qu’est-ce donc ? Est-ce plaisant ou non ? »

 

Le chantre se préparait à officier, il prit sa respiration et attendit. L’administrateur de la synagogue ouvrit l’arche sainte et scruta l’assistance : à qui offrirait-il l’honneur de se tenir à droite, à gauche du chantre ? Le chantre fit fermer les fenêtres pour ne pas risquer de prendre froid, il récita al daat hamakom et la suite, kol nidré et la suite. L’assistance le soutenait, les uns en fredonnant l’air sans dire les paroles, les autres en disant les paroles mais sans chanter l’air. À la fin on rapporta les rouleaux de la Torah dans le tabernacle et l’on pria. On faisait durer les mélodies, on raccourcissait la prière.

 

Avant qu’on chante chaque pizmon2 l’administrateur se levait et honorait tel ou tel d'une ouverture de l’arche sainte ; l’air important, pénétrés de l’honneur qui leur était fait, les élus se dirigeaient lentement vers l’arche sainte. Les chaussures à leurs pieds avaient le même éclat que leurs mentons bien rasés. Leurs fils et filles encore enfants étaient pleins d’étonnement, ils suivaient du regard leurs pères ouvrant soudain une armoire que d’autres venaient de fermer. Comme la plus grande partie de l’assistance était sortie et qu’il restait à chanter un chant dans le rituel, l’administrateur m’honora moi aussi d’une ouverture de l’arche.

 

 

 

3.

 

 

 

Après la prière je revins chez moi. Il n’était pas encore sept heures, jusqu’à l’office du matin il restait douze heures, même plus. Que ferais-je de toutes ces heures, comment les passer ? Y ayant réfléchi je sortis sur le toit de ma maison.

 

D’un côté demeurait la Ville de Dieu, de l’autre s’étendait la Mer Morte ; la lune se tenait au milieu du ciel, elle remplissait de sa lumière toutes les collines qui entourent la Mer Morte, elle les couvrait de sa lumière, au point qu’on voyait les chardons du désert. Et le silence régnait sur toute chose, un silence émané du silence.

 

Silencieux je me promenai sur le toit de ma maison. Tantôt je jetais un regard aux collines, tantôt je regardais la Ville de Dieu. En ce moment où je me trouvais là solitaire tous les Juifs de la ville faisaient corps, ils récitaient le Chant qui proclame l’Unité divine3 et disaient les psaumes. Je cherchai à me consoler ; je me dis qu’un Juif à Yom kippour, même s’il est tout seul dans le désert, peut unir son cœur à son Créateur. Je récitai le shema et allai me coucher.

 

 

 

4.

 

Je n’avais pas eu l’intention de dormir longtemps ; pourtant je fus en retard à la synagogue. On ne fait pas toujours ce qu’on veut. La veille j’avais voulu prier plus longuement, et le matin, quand arriva le moment de la prière je fus en retard.

 

La synagogue était presque vide. Peut-être y avait-il là dix hommes présents, et peut-être un peu plus, mais pas plus qu’un minyan et demi. Où étaient donc tous ceux qui étaient là la veille ? Ceux qui habitent ce quartier de jardins ne se pressent pas pour être parmi les dix premiers. Un ennui montait des bancs vides. S’ils avaient eu une bouche ils auraient baillé. L’arche sainte était ouverte, le chantre tendait le cou et levait la tête le plus haut possible, il était en train de dire : Pardonne au peuple saint en ce jour saint et sublime.

 

Je suspendis mon chapeau au clou dans le mur et mis ma petite calotte ; je m’enveloppai dans mon talith, je m’assis à ma place, ouvris le rituel et le feuilletai. Je ne savais où commencer, par le hodu ou par le barukh shéamar. Comme je pesais le pour et le contre, une autre pensée me troubla, me faisant oublier la précédente.

 

Le chantre se tenait debout et priait à la façon des chantres qui reçoivent un salaire pour prier ; mais il allongeait les syllabes et les modulait comme un homme honnête qui ne vole pas l’argent qu’on lui donne. J’observais la porte comme un maître de maison qui s’est préparé à recevoir des hôtes qui ne sont pas venus. En vérité je n’étais moi-même qu’un hôte, mais à ce moment-là je me comportais en maître de maison.

 

Comme j’observais la porte j’eus l’impression que je désirais sortir. J’ôtai mon talith et ma calotte, je sortis.

 

 

 

5.

 

 

 

Il faisait beau, l’air était limpide et agréable. Un souffle de pureté soufflait à travers le monde, un parfum de rosée montait de tout arbre et de toute herbe. Le soleil n’était pas trop chaud et ne fatiguait pas la terre, il avait épuisé sa fureur pendant les grands khamsins qui avaient sévi de la fin de Rosh Hashana jusqu’en cette veille de Yom Kippour. Telle est la grâce que fait le Saint béni soit-il à Jérusalem : lorsqu’il fait arriver Tish’a beav ou Yom Kippour il ramène tous les khamsins dans leurs boîtes, le soleil redevient avenant pour les créatures.

 

Par intermittence les gens arrivaient. Ils avançaient à petits pas, à la façon de ceux qui pensent qu’être en route est aussi beau qu’arriver, que sortir de chez eux les a mis en règle avec la synagogue. Et en vérité pourquoi se presser, le jour de Yom Kippour est long, même en marchant tranquillement on arrivera à la synagogue avant que ne se terminent les prières. Arrivés aux portes quelques-uns entraient, d’autres restaient à l’extérieur. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre son voisin, et quand on le rencontre c’est un devoir de lui demander de ses nouvelles.

 

Venant de la synagogue on entendait les mélodies que chantait le chantre, de celles qui ne pénètrent pas le cœur. Peut-être la voix du chantre était-elle belle, ses mélodies pareilles à celles que chantent tous les chantres, mais le cœur n’en était pas séduit, ni le cœur du chantre ni mon cœur à moi.

 

 

 

 

 

6.

 

Je me dis en moi-même : « Peut-être n’est-on pas encore à Yom Kippour. S’il en est ainsi, pourquoi le chantre est-il debout à prier ? Il prépare plutôt sa prière pour l’habituer à sa bouche, et les gens qui sont là ne sont venus que pour écouter des mélodies. Il doit en être ainsi, parce que la plus grande partie de l’assistance a des chaussures aux pieds et n’a pas revêtu le grand kitel4. » Je savais bien que les Juifs de Jérusalem n’ont pas l’habitude de porter le kitel à Yom Kippour, mais je me cherchais une justification. Si j’en avais trouvé une autre je l’aurais faite mienne.

 

Le soleil était presque au milieu du ciel. Les pins se réchauffaient au soleil, un soleil délicieux, il en venait un parfum comme il n’en est nulle part. Parmi eux se dressaient les grands cyprès, altiers, enveloppés d’un chagrin obscur : le chagrin obscur qu’éprouvent les créatures de l’univers que l’Omniprésent a haussées, mais pas autant qu’elles le désirent, elles sont encore trop éloignées du ciel.

 

Je me promenai parmi les arbres, je me disais à moi-même : « Yom Kippour n’est pas encore là, il va arriver d’un instant à l’autre, il me faut absolument me préparer pour ce jour saint et terrible. »

 

Avant que j’eusse pu me préparer la nuit de Yom Kippour me saisit. Non pas celle de cette année-là, non pas celle de l’année précédente, ni celle de l’année d’avant, mais d’une époque où j’avais sept, huit ans.

 

De grandes bougies, innombrables, autant que l’étaient ceux qui priaient, se dressaient allumées, et le parfum de la cire et du miel remplissait la synagogue en même temps que l’odeur du foin qui couvrait le sol pavé, une lumière neuve venait des bougies. Enveloppé dans son talith se dresse mon père parmi les orants, il a sur la tête une grande couronne d’argent5, sa lumière fait briller son front et augmente celle des bougies. Je me tiens effrayé et tremblant et observe mon père dont le front resplendit et redouble la lumière.

 

Que j’aimais les nuits de Yom Kippour ! Les portes du ciel étaient ouvertes, et le Saint béni soit-il se penchait (pour ainsi dire) pour entendre la prière d’Israël. Il n’a pas besoin de se pencher, il connaît le cœur de chacun, mais par amour pour Israël il se penche, comme un père qui tend l’oreille à ce que dit le petit enfant. En même temps je voyais que mon père, et aussi tous les autres hommes dans la synagogue, dont je pensais qu’ils étaient grands, étaient petits comme je l’étais et comme l’étaient tous mes camarades, mais mon père et ses camarades étaient capables de dire les piyutim6 couramment, ils s’enveloppaient dans les grands taliths ; mes camarades et moi ne savions dire que quelques prières et répondre amen. « Moi aussi quand je serai grand, me disais-je, je m’envelopperai dans le grand talith, je dirai toutes les prières qui sont dans le rituel. » Et après m’être rappelé cette époque de mon enfance je me rappelai encore beaucoup d’autres choses. Et absolument tout ce dont je me souvenais se rattachait à Yom Kippour, comme si avaient été effacés tous les jours intermédiaires et qu’il n’était resté que les jours de Yom Kippour. Comme une chaîne de sainteté les Yom Kippour s’enchaînaient l’un à l’autre, comme on ferait voir à un homme dans son rêve les jours de Yom Kippour, pour qu’il fasse repentance.

 

 

 

 

 

7.

 

 

 

Et me voilà une fois de plus dans une synagogue une nuit de Yom Kippour. Et de nouveau remontent et me reviennent les pensées que j’avais dans mon enfance les nuits de Yom Kippour. Il y a des temps et des moments de l’année où l’on est comme conditionné à accomplir les mêmes actions, et même les pensées d’un homme et les sentiments de son cœur se répètent au même moment et dans le même temps, comme si nous-mêmes, nos actes et les pensées de notre cœur étaient des succursales du temps ; à plus forte raison Yom Kippour, le jour du Saint béni soit-il, où l’âme d’un homme, qui est une part du Saint béni soit-il, cherche à se fondre en lui, et peu importe où un homme se trouve. En tout lieu où il vient rouler, ses pensées viennent rouler avec lui.

 

Je ne sais plus comment j’étais venu rouler dans cette ville d’Allemagne, mais je me rappelle que c’était une veille de Yom Kippour. J’entrai dans une synagogue pour prier minkha et dire le kaddish. Je vis qu’on déroulait un sefer torah pour la lecture pendant l’office de Yom Kippour, et qu’on le déroulait à l'envers, le texte en bas et le bas du parchemin en haut. Je m’attristai qu’on manquât de respect à la Torah mais je me tus, parce que je n’étais qu’un hôte de passage. Après que j’eus terminé de prier j’allai prendre le dernier repas avant le jeûne. J’oubliai de prendre le tramway, j’allai à pied. Le temps que j’arrive à ma chambre, le moment était venu de retourner à la synagogue. Mais puisque j’étais là j’entrai. Dans ma chambre était allumée une petite lampe à huile. La maîtresse de maison savait que le lendemain était pour les Juifs le jour le plus important et que son locataire était juif, elle m’avait fait la faveur d’allumer cette lampe. Elle avait mis à côté de la lampe un récipient en poterie, au cas où je voudrais recouvrir la lumière, pour qu’elle ne m’empêchât pas de dormir. C’était une vieille dame adventiste, chaque jour elle lisait les textes saints, il lui arrivait de prêter attention à la nation dont parlaient les prophètes.

 

Je me demandai à moi-même ce que je désirais faire ; était-ce, manger avant le jeûne ? Dans ma chambre je ne trouvai rien à manger, et manger de leur pain à eux la veille de Yom Kippour je ne le voulais pas. Je pris le rituel, mes chaussures de toile et partis.

 

Sur le banc devant la maison étaient assis quelques non-Juifs qui fumaient de petites pipes en terre. Près d’eux un enfant (il avait dans la main une tartine beurrée) tournoyait sur ses talons et fredonnait un air juif, il riait et tous ses voisins riaient avec lui, à la façon des non-Juifs qui rient de nous. Ou peut-être riaient-ils sans raison.

 

J’allai à la synagogue et montrai au bedeau le billet de la place que j’avais louée. Il me fit entrer et asseoir à ma place. La synagogue était pleine d’hommes respectables, beaucoup de chandeliers brûlaient, il y avait là une sorte de nostalgie et d’attente ; quelqu’un s’enveloppa dans son talith et prononça la bénédiction à voix haute, pour offrir à ses camarades le mérite de répondre amen. Après lui un autre homme s’enveloppa, puis un troisième, puis toute l’assistance fit de même, sauf un vieil homme qui ne s’enveloppa pas. Il me dit : « Je suis vieux et proche de ma mort, je garde mon talith intact pour qu’on m’enterre dedans. »

 

Le chantre officiait, soutenu par une chorale d’hommes. Leurs voix étaient agréables, ils étaient bien habillés, avec des visages pareils à des années d’abondance : tels des gens qui ne manquent de rien et viennent à la synagogue pour faire plaisir à leur Créateur. Dans la prière un gémissement s’arracha du cœur du chantre, il gémit et aussi les hommes de la chorale, et la plus grande partie de l’assistance.

 

Après le kol nidré le rabbin de la communauté monta à la tribune et fit une homélie, sur la sainteté du jour, la réparation de l’âme, Israël que le Saint béni soit-il a dispersé parmi les nations pour servir de lumière aux Gentils. Après l’homélie on se leva et l’on célébra l’office du soir. Au cours de cet office la taille des orants alla en diminuant, ils étaient là petits et nains comme l’avaient été mon père et les autres hommes dans notre synagogue les nuits de Yom Kippour. Il me sembla que le Saint, béni soit-il, se penchait (pour ainsi dire) afin d’écouter leur prière, comme un père qui se penche au-dessus de son enfant. Comme je pensais cela je me souvins que j’avais déjà pensé cela une fois, ou deux, ou trois. Il y a des temps et des moments où les pensées d’un homme se répètent, une année après l’autre.

 

 

 

8.

 

 

 

Comme une fleur qu’on a déterrée et replantée dans un pot, ainsi je me tenais devant la synagogue, me rappelant des jours passés. La voix du chantre parvint à mes oreilles. Je tremblai et me dis : « C’est le moment d’entrer. » Mes pieds s’alourdirent et je ne bougeai pas. Quand le cœur d’un homme est lourd, ses pieds sont lourds comme lui.

 

Un peu plus loin des hommes se racontaient les affaires du voisinage : qui possède un terrain le vend, qui a acheté un terrain attend de pouvoir le revendre avec bénéfice. Entre temps viennent des Syriens de Syrie, ils nous cernent de grandes maisons qui nous séparent de la Ville. Les autobus se font paresseux et n’arrivent pas à l’heure. Du coup on n’arrive pas si facilement en ville.

 

Quant à moi j’ignorai ces propos oiseux sur ceux qui ont des terrains et ne bâtissent pas, ceux qui cherchent à arriver quelque part et n’y arrivent pas à temps ; je pensais au rêve que j’avais fait avant le jour. J’y pensais si intensément que les choses du rêve avaient pour moi la réalité de l’état de veille.

 

 

 

9.

 

 

 

C’était l’aube, une aube où il ne faisait ni chaud ni froid. Dans la pénombre d’une chambre étaient assis des gens que je connaissais, ils mangeaient et buvaient comme n’importe quel jour. Deux ou trois fois je m’interrogeai : « Comment est-il possible de manger et boire aujourd’hui, n’est-on pas le jour de Yom Kippour ? » C’était surtout le fils du dayan qui me surprenait. J’avais pensé qu’il faisait partie des Juifs pieux, même s’il se moquait de certaines coutumes ; et voilà finalement qu’il mangeait et buvait le jour de Yom Kippour. Je ne lui dis rien. Qu’y a-t-il à dire que la Torah n’ait pas dit ?

 

Je me détournai des mangeurs et me curai les dents, comme à qui se sont mis entre les dents des restes de nourriture et qui cherche à les déloger. Ma main s’assoupit, le sommeil faisait se fermer mes yeux ; je bondis de mon siège pour chasser le sommeil. Je vis ouvertes toutes les synagogues, toutes les maisons d’étude, et debout tous les Juifs dans ces saints lieux ; ils étaient enveloppés de leurs taliths et levaient les mains vers leur Père dans les cieux. Je me levai pour aller moi aussi me joindre à la communauté d’Israël. Mais mes membres inférieurs s’étaient faits paresseux, et avec eux tout le reste de mon corps.

 

Des enfants sortis de la synagogue vinrent dire qu’on avait trouvé une source de larmes sous le lutrin, qu’une colombe blanche avait volé jusques sur les mains du chantre au moment où il battait sa coulpe pour al khet, la prière de pénitence. Souvent j’avais entendu parler de ce chantre, un borgne, j’aurais voulu l’entendre chanter.

 

Les mangeurs mangeaient et buvaient, la puissance du manger et du boire faisait rayonner leurs fronts. L’un d’eux, qui avait une calotte ronde sur la tête, s'affairait avec un grand bol et son visage brillait comme une orange. Quand il avait la tête plongée dans le bol on ne voyait plus que ses épaules.

 

Le jour commençait à diminuer. Vraisemblablement on en avait fini avec la prière de musaf, on se préparait à l’office de l’après-midi. Si je me dépêchais j’arriverais peut-être pour neila, la prière finale.

 

Je dis à mes deux enfants : « Mes enfants, cirez et astiquez mes chaussures ! » Comme j’étais pressé de partir, je pressais mes enfants, je leur disais : « Que chacun prenne une chaussure et qu’il l’astique, je n’ai pas le temps d’attendre ! »

 

Les enfants prirent mes chaussures et commencèrent à les nettoyer. Il était visible que leur cœur n’était pas à l’ouvrage.

 

Je m’affligeais sans m’affliger. Je m’affligeais que mes enfants ne se réjouissent pas d’obéir à leur père, et je me réjouissais qu’ils n’abandonnent pas leur tâche.

 

Tandis qu’ils avaient encore les chaussures dans les mains je me rappelai que c’était le jour de Yom Kippour, jour où il est interdit de porter des chaussures de cuir. Mais j’attendis qu’ils aient fini. Quand ils eurent fini je nouai les lacets de mes chaussures et me rendis à la synagogue. Mes membres inférieurs fonctionnaient à nouveau, et pas eux seulement, mais tout mon corps bondissait avec vivacité. Quand je fus près de la synagogue j’entendis qu’on fermait les portes, et je vis des hommes enveloppés de vêtements blancs qui sortaient, venant à ma rencontre, des bougies allumées dans les mains. C’était ce qui restait des bougies qu’on allume en souvenir des défunts.

 

 

 

10.

 

 

 

Je me fis part à moi-même de tout cela et me dis : « Je vais entrer dans la synagogue. Aujourd’hui c’est Yom Kippour, un jour unique dans l’année. Même si Dieu me fait parvenir à un grand âge un tel jour ne reviendra pas. »

 

Comme j’allais entrer Jérusalem m’apparut toute entière entre les collines, le soleil brillait sur elle et sur ses murailles, leur donnant l’éclat de la Splendeur première7. Plus splendide encore, à l’endroit où avait été notre saint Temple, était le dôme vert ; quand le Temple était encore debout tout étincelait comme l’or, maintenant qu’il avait été détruit il y avait là un dôme vert. Le vert est un signe d’espoir, signe que le Saint béni soit-il reconstruira le Temple. En bas il y a le Mur occidental. Chaque fois j’avais trouvé là quelques minyans. À ce moment-là je n’y étais pas, mais il m’apparut qu’il n’y avait là personne. Seul le Saint béni soit-il se tenait là, il demandait après nous : « Que leur est-il arrivé, pourquoi ne sont-ils pas venus ? »

 

Le ciel gardait le silence, on entendait un bruit immatériel venant du firmament. C’était le bruit des plateaux de la balance où l’on pèse bonnes actions et péchés. En réponse à ce bruit montait des synagogues et des maisons d’étude de la Ville la voix de la prière d’Israël. Il y a presque une heure de distance de Jérusalem à notre quartier, et le bruit de la Ville n’arrive pas jusqu’ici. Mais ce jour-là était un shabbat shabbaton où tout le monde chôme, et l’on entend le bruit de la Ville. Je tendis l’oreille, et j’entendis qu’on lisait la section du jour. Plus que d’en bas on l’entendait venir d’en haut. Yom Kippour dans le ciel et sur la terre.

 

Je partis pour la synagogue afin d’y reprendre mon talith et gagner la Ville. Je me rappelai que ma tête était découverte ; quand j’avais retiré mon talith j’avais ôté aussi ma calotte et oublié de mettre mon chapeau. Que faire, on ne peut pourtant pas entrer nu tête dans un lieu saint.

 

J’avisai un enfant, je lui dis : « Apporte-moi mon talith et ma calotte. » Il alla voir et ne les trouva pas. Je lui dis : « Il y a donc ici des voleurs, quelqu’un est donc venu qui s’est enveloppé dans mon talith ? Tu es un fainéant, tu as cherché mollement. » Les yeux de l’enfant se remplirent de larmes. De honte je détournai la tête ; je demandai à quelqu’un de me prêter sa calotte pour que je puisse entrer. Mais de la même façon que je ne pouvais entrer nu tête, cet homme-là ne pouvait se tenir tête nue devant la synagogue.

 

Quelqu’un tira de sa poche un petit paquet et me dit : « Voici pour toi une calotte. » Je pensai en moi-même : « Se peut-il qu’il y ait une calotte dans ce petit paquet ? » Je défis le paquet, je ne trouvai dedans que du papier dans du papier. Je jetai le papier. Il en tomba une sorte de petite calotte tricotée pleine de trous et trop grande pour ma tête.

 

 

 

11.

 

 

 

C’était le moment du Yiskor, quand on appelle les âmes des défunts ; toute la synagogue était pleine de parents des morts. Des gens que je connaissais et d’autres que je ne connaissais pas se tenaient là qui pleuraient. Quand je me trouvais au dehors ils s’étaient rassemblés jusqu’à remplir toute la synagogue. A ma place aussi il y avait quelqu’un, que je ne connaissais pas.

 

Je m’en approchai et ne trouvai pas mes affaires. Il semblait que quelqu’un d’autre fût venu et se fût enveloppé dans mon talith. Ou peut-être celui-là même qui avait pris ma place était enveloppé dans mon talith. Je craignis de le regarder, je m’esquivai, je sortis.

 

 

 

12.

 

 

 

Dans l’univers le même bruit encore faisait trembler l’espace. Se faisant entendre partout dans le ciel, cernant l’atmosphère. Je voulus suivre ce bruit avant qu’il ne cesse. Mais comment aller, je n’avais pas avec moi ce qu’il me fallait.

 

Je mis ma main sur mon cœur, je sentis et vis clairement qu’entre un battement et l’autre le temps passait. C’est seulement en rêve qu’on peut voir ainsi, l’imagination n’y suffit pas.

 

Un assistant de l’administrateur me vit et me dit :« Vous cherchez un talith ? Prenez le mien.» Je le pris et vis qu’il était trop petit, je ne pouvais m’en envelopper. Qui doit voyager par la mer, arrive au port, voit de loin son bateau qui va appareiller et s’aperçoit qu’il n’a pas son passeport en règle, celui-là comprendra mon chagrin. Mon corps se couvrit de sueur, la chaleur qui m’avait donné du courage s’affaiblit et disparut.

 

La température avait changé, les ombres des arbres s’allongeaient. Le soleil dans le ciel était sur le point de disparaître. Combien de temps s’attarderait-il encore ? Si je ne me dépêchais pas je n’arriverais pas pour neila. Mais comment irais-je à Jérusalem, comment rejoindrais-je la synagogue des hassidim dans ce talith indigne d’un homme sérieux ?

 

Je levai les yeux vers les hauteurs, plein de prière et d’imploration. Je me rappelai que j’avais chez moi un talith. Pas un seulement mais deux, l’un que je portais quand j’habitais la Ville et priais à l’intérieur des murailles ; un autre qu’on m’avait envoyé d’Allemagne enveloppant un sefer torah.

 

À peine me rappelai-je les deux taliths je courus chez moi et ouvris ma penderie pour y prendre l’un des deux. « Quel bonheur, (me dis-je), d’avoir deux taliths, en plus de celui que j’ai laissé dans la synagogue de mon quartier. » Je regardai les deux taliths dans l’armoire, ils étaient pliés et roulés l’un dans l’autre.

 

 

 

13.

 

 

 

Je ne les avais pas encore portés cette année-là. Si j’avais porté l’un de ces deux taliths ici dans notre synagogue les gens n’en auraient pas cru leurs yeux. Je restai à les contempler, semblable à un homme qui se trouve devant un objet agréable dont il a oublié l’existence ; et comme j’avais l’esprit troublé j’essayai de mettre de l’ordre dans mes pensées.

 

Le talith qui accompagnait le sefer torah, comment était-il venu entre mes mains ? Mon beau-père, la paix soit sur lui, avait fait écrire un rouleau de sefer torah pour chacun de ses fils et chacune de ses filles. Tout le temps qu’il vécut les rouleaux étaient restés dans la maison d’étude qu’il fréquentait, quand il mourut ses fils et ses filles prirent chacun le sien, et à ma femme en terre d’Israël ils envoyèrent son sefer torah à elle. Quand on le lui envoya on l’enveloppa dans un beau talith.

 

L’autre talith qui m’appartenait je l’avais acheté quand je montai à Jérusalem, quand je priais avec les hassidim et autres dévots. Qu’ils étaient beaux les jours où j’habitais dans la Ville et priais avec les hassidim et autres dévots ! Le quartier de jardins où j’habite maintenant est lui aussi bon et agréable ; mais ce qui s’ajoute à Jérusalem, ce n’est pas comme la Ville même.

 

Par amour pour Jérusalem je me levai et récapitulai tout ce qui m’y était arrivé. Je scrutai tout cela, je réunis les faits avec leurs effets. Et je pesai dans la balance de mon esprit tout ce qui avait été fait, tout ce qu’il valait la peine d’être fait. Ainsi pesais-je tout par la balance de la raison, comme un pharmacien qui pèse des drogues pour un malade, à qui l’on vient dire que le malade vient de mourir.

 

Je chassai loin de moi toutes mes pensées du moment et regardai devant moi. Les murs de la maison s’étaient obscurcis et les fenêtres assombries. Je vis qu’il était trop tard pour aller à la Ville, le moment où l’on scelle le Jugement était arrivé. Je me dis :  « J’irai, je reviendrai à la synagogue de mon quartier avant qu’on ne ferme les portes. »

 

J’avançai la main et me dis : « Le premier talith qui se présentera je le prendrai. » Et comme les deux taliths étaient roulés l’un dans l’autre je les séparai et pris celui que je pris. Entre-temps le jour avait baissé et le soleil disparu, l’univers se taisait. Je retenais mon souffle, je ne remuais ni main ni pied pour ne pas troubler le silence au moment où le Jugement était scellé, quand les multitudes d’en haut et d’en bas attendent et vont connaître le verdict, vie ou mort. On entendit soudain le shofar de la fin de Yom Kippour et je sus que Yom Kippour était passé.

 

Yom Kippour était passé, et moi je ne bougeai pas. Je n’avais pas faim, je n’avais pas soif, je ne désirais ni manger ni boire, bien que j’eusse jeûné d’un soir à l’autre.

 

La chambre était complètement obscure et je n’y voyais plus rien, même à quelques pas, que le bouton blanc de l’interrupteur. Bien que Yom Kippour fût passé je craignis de le toucher.

 

Je me dis à moi-même : « En bas dans la maison, dans la salle à manger, une bougie brûle depuis la veille de Yom Kippour. Je descendrai et jouirai de sa lumière. » J’eus honte qu’on puisse me voir et ne bougeai pas.

 

À ce moment la lumière de la lune éclaira ma chambre et je sus que tout Israël s’apprêtait à sanctifier la lune. D’une voix forte je criai Shalom aleykhem et personne ne me répondit Aleykhem shalom. Je sus que j’étais là tout seul, empêché d’accomplir ce commandement.

 

 

 

14.

 

 

 

Puisque je me trouvais tout seul, personne ne me dérangeait, je pensai à ce jour de Miséricorde qui était passé et où le monde entier avait été béni mais pas moi. Une pensée en entraîne une autre, je me dis à moi-même : j’ai entendu dire que des hassidim, des dévots, observent Yom Kippour pendant deux jours.

 

J’allai consulter mes livres, je tirai un shulkhan arukh, section orakh khayim, pour étudier comment on s’y prend, rapport à la prière et à la havdala8. La lune avait disparu, elle était entrée dans les nuages. Tout le temps qu’Israël avait eu besoin de la lumière de la lune pour qu’elle l’aidât à accomplir un dernier commandement elle avait été là et avait éclairé, quand Israël avait eu accompli ce commandement la lune s’était cachée et la chambre s’était remplie d’obscurité. Je pris le livre et je descendis. La bougie était près de s’éteindre, mais elle éclairait encore. J’approchai le livre de la bougie et je lus les lois des deux jours de Yom Kippour, et j’appris que les gens qui par rigueur religieuse observent Yom Kippour deux jours de suite doivent obéir à toutes les lois de Yom Kippour, que ce soit l’interdiction de tout travail ou les mortifications qu’on s’inflige à Yom Kippour ; on récite pourtant les prières de la semaine ordinaire, sauf qu’on a le droit de dire piyutim et selikhot9.

 

Je ne me réjouis pas alors véritablement, car tout cela ne concernait que ceux qui pratiquaient une dévotion parfaite et non pas quelqu’un qui avait gâché le jour-même de Yom Kippour. Quand je vis écrit : « Il n’est pas nécessaire de pratiquer Yom Kippour [pendant deux jours] à cause du danger10 », je me réjouis contre moi-même d’une joie maligne, comme qui voit son ennemi faire de grands efforts contre lui, sans que cela l’avance en rien.

 

 

 

 

 

15.

 

 

 

 

 

Tout le temps que brûla la bougie je fus là debout à dire piyutim et selikhot, quand la bougie s’éteignit je m’assis et les récitai par cœur. Quand j’eus fini de dire tout ce que je savais par cœur je sortis sur le toit de ma maison comme je l’avais fait la veille.

 

Le luminaire de la lune était revenu et monté dans le ciel. Comme un baquet d’huile la Mer Morte scintillait, des étincelles de lumière en venaient qui illuminaient les collines, et parmi les collines on apercevait beaucoup de foyers allumés. Ma tristesse faisait naître en moi des pensées qui m’attristaient encore davantage.

 

 

 

16.

 

 

 

Quand j’eus fini de prier shakharit je recommençai à dire des piyutim et des selikhot. Je me rappelai que je devais me faire une cabane pour la fête de Souccot. Je posai mon rituel et m’approchai de la fenêtre. Le soleil brillait à l’endroit où devait se dresser ma cabane, comme s’il était venu voir si l’on l’y faisait.

 

Cette année-là Yom Kippour tombait un jeudi, le deuxième jour de mon Yom Kippour à moi rencontrait une veille de shabbat, et je n’étais pas très pressé de me mettre au travail, je faisais les choses tout doucement, je n’avais pas encore planté un clou pour faire la cabane.

 

Pour apaiser un peu mon esprit je m’arrêtai et regardai les arbres du jardin. Un souffle de vent vint leur demander : « N’a-t-on pas encore accompli le commandement qui vous concerne ? » J’ouvris ma fenêtre pour lui parler, lui dire : « Tout de suite après le shabbat j’irai leur prendre des branches pour la cabane. » Le vent me frappa la bouche, m’aspergea de poussière. De nouveau je pris le rituel et lus piyutim et selikhot jusqu’à ce que tombe l’obscurité du début du shabbat. Et au moment d’allumer la lampe du shabbat je ne sus que faire. Sur ces entrefaites le shabbat commença.

 

J’accueillis le shabbat, je disposai sur la table tout ce que j’avais préparé pour la fin de Yom Kippour. À la fin de Yom Kippour une voix céleste vient dire : « Va, mange ton pain dans la joie, car Dieu a agréé tes actes. » Heureux celui dont Dieu a agréé les actes et qui mange son pain avec joie. D’une telle joie je n'avais pas été jugé digne.

 

 

 

17.

 

 

 

De nombreuses années ont passé depuis ce Yom Kippour. Certaines ont passé de telle façon, d’autres de telle autre. Je ne me plains pas, ne m’irrite pas. Le Saint béni soit-il sait, pour chacun, ce qui est bien et ce qui est mieux.

 

De nombreuses années ont passé depuis ce jour de Yom Kippour, et chaque année quand vient la veille de Yom Kippour je prends les devants et vais à Jérusalem joindre ma prière à celle des hommes qui craignent Dieu. Parfois je reviens chez moi la nuit de Yom Kippour et me lève tôt, avant l’aube ; et parfois je reste dans la synagogue d’un soir à l’autre. L’année passée on m’a honoré d’une élévation du sefer torah, bien qu’il y eût là des hommes importants qui avaient plus de mérite que moi. Et mon âme n’est pas encore rassérénée, par le manque de ce Yom Kippour qui est passé pour moi sans rien me laisser.

 

Beaucoup de choses peuvent manquer à un homme, quand le temps passe ces manques s’annulent ; ce n’est pas comme à qui manque un jour, à plus forte raison un jour de Yom Kippour. Si je n’avais pas hésité cette année-là et avais pris l’un des deux taliths, je ne ressentirais pas cette perte.

 

Pourtant me sont chers ces deux taliths, celui qui m’est venu avec le Séfer torah et celui que je me suis acheté en terre d’Israël. Pour dire à quel point ils me sont chers, une fois j’ai vu un pauvre homme qui se couvrait d’un drap sur lequel il avait accroché des franges, il n’avait pas de quoi s’acheter un talith. Je lui dis : « Viens me voir, je te donnerai un talith. » Quand il arriva je lui donnai de l’argent pour s’acheter un talith, je ne lui donnai pas mon talith, car il m’était trop cher, je ne pouvais m’en séparer. Peut-être conservé-je mon talith comme ce vieil homme en Allemagne, pour qu’on m’enterre dedans. Et pourtant j’habite Jérusalem où l’on n’enterre pas un mort dans un talith ; et même si c’était le cas je possède deux taliths.

 

Un homme qui possède deux choses de même valeur prend l’une et ne perd pas l’autre de vue ; ou il prend l’autre sans cesser de regarder la première, son cœur est partagé et son âme embarrassée, mais moi, par la miséricorde du Saint béni soit-il, quand je m’enveloppe dans l’un des deux taliths mon âme est en paix ; mais parfois j’ai l’impression d’être debout dans le noir, à Yom Kippour, les portes sont fermées, l’âme du jour va passer, et le jour qui est passé on ne peut le faire revenir.

 

 

 

Ainsi finit le récit, mais la miséricorde divine est infinie.

 

 

נשלם ולא נשלמו רחמי שמיים

 

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1 Sh. Y. Agnon, Pi shnayim, in : Sefer hamaasim, huitième texte. Oeuvres complètes tome VI, éd. Schocken, TA, 1972.

 

2 Pizmon. Chant synagogal incluant un refrain.

 

3 Shir hayikhud, qu’on dit en particulier après la prière de shakharit.

 

4 Kitel  : vêtement blanc que les Juifs très religieux portent à Yom Kippour sur leurs vêtements, au dessous du talit.

 

5 La partie supérieure du talith, autour du cou et sur les épaules, a parfois une pièce de tissu cousue avec des fils d'argent, nommée diadème. Parfois la bénédiction récitée quand on revêt le talith se trouve brodée en lettres d'argent sur ce diadème.

 

6 Piyyut, piyyutim : poème liturgique destiné à être chanté ou récité pendant l'office. La forme caractéristique en est l'acrostiche (du nom du poète ou d'un nom sacré.)

 

7 Le texte dit ziv tif’ereth ; tif’ereth, la beauté, est l’une des sefirot de l’arbre cabalistique.

 

8 Havdalah : bénédiction de séparation du jour de fête et du jour ordinaire.

 

9 Selikhot : prières de pénitence.

 

10 Le danger en question varie selon les commentateurs rabbiniques : danger d'un jeûne absolu et prolongé, obligation d'observer le même Yom Kippour en deux jours toute sa vie...