En Russie nouvelle (I. J. Singer)

 

Tagantsha1, p. 54.

 

 

 

 

 

Nous circulons ainsi dans l’automobile du Joint, d’une colonie juive à l’autre. Le gel rend la route collante et dure ; tout à coup elle s’améliore, après plusieurs jours de pluie et de boue.

 

 

 

La voiture vole, effraie des chevaux paysans qui partent au galop, dévalent de la route dans les labours.

 

 

 

Tout à coup apparaît sur la steppe égale, sans un arbuste, un hameau : des maisonnettes neuves toutes identiques aux murs lisses et propres, aux toits de bardeaux neufs, le tout aussi précis et symétrique que des pièces rangées sur un échiquier.

 

 

 

- Arrête ! ordonne l’agronome au chauffeur.

 

C’est une colonie juive, Tagantsha . Quel nom étrange ! Après tant de villages et de colonies aux beaux noms sonores, « Etoile nouvelle », « L’artisan rouge », « Lekert 2», « La vérité », « La voie nouvelle », « Tagantsha » sonne étranger, lointain.

 

 

 

Des quelques Juifs qui viennent entourer l’automobile, j’apprends ce qu’il en est du nom « Tagantsha ».

 

Il y avait, dans la province de Kiev, une bourgade nommée Tagantsha. Une bourgade juive avec marché, ruelles, notables, artisans, rabbin, abatteur rituel, chantre, cimetière et dais de mariage communautaire sur ses poteaux. Une bourgade comme toutes les bourgades.

 

Vinrent Pétliura et ses bandits, qui exterminèrent la bourgade, l’anéantirent.

 

Il y avait une bourgade du nom de Tagantsha , elle n’était plus.

 

Effacée.

 

Il ne restait que quelques minyens de Juifs qui avec la bourgade avaient tout perdu, sauf, par miracle, la vie. Ils se ressaisirent, s’organisèrent, avec leurs derniers kopecks partirent pour la région de Krivorog où la terre est noire et grasse ; et il y a, pas loin, de vieilles colonies juives. On s’installa dans le vide immense de la steppe, emménagea dans les petites maisons du Joint à peine sorties du rabot ; on y mit un cheval, une vache, parfois même quelques poules, des canards, des oies – et on nomma ce lieu nouveau « Tagantsha ».

 

 

 

Que Tagantsha ne soit pas effacé du monde, où vivaient des Juifs. S’il n’est plus dans la région de Kiev, il sera dans celle de Krivorog ; s’il n’a pas des centaines d’habitants, il en a plus d’un minyen ; s’il n’a pas de marché, de synagogue, de bain public, d’échoppes, il possède au moins deux dizaines de maisonnettes aux murs blancs et aux toits de bardeaux tout neufs.

 

 

 

Quel tableau touchant, ces rescapés juifs dans leur ville elle-même rescapée !

 

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Le vieux vitrier, p. 56.

 

 

 

On roule et roule, de plus en plus loin. Il n’y a pas de cheval à effrayer. Seuls des chiens nous accueillent en aboyant, des oies effarées s’envolent, et des enfants campagnards soulèvent un peu leurs grandes casquettes d’hiver, surpris, pour mieux regarder la voiture sans cheval

 

On arrive dans un village juif, Niva, une large rue, des maisonnettes neuves, comme partout, mais pour le moment tout se dresse sur la steppe encore vide et nue, sans une clôture, sans un arbuste, on ne voit que la terre noire, labourée d’un bout à l’autre. Sur la terre molle broute seulement une petite vache. Elle arrache les derniers brins d’herbe, avant que la neige ne vienne les recouvrir ; quelques Juifs en pelisse creusent la terre pour y planter des vignes.

 

Dans une petite maison nous accueille un vieux Juif, un patriarche.

 

- Bonjour, grand-père !

 

- Bonjour, bonne année ! Parlez un peu plus haut, je n’entends pas !

 

C’est un colon de quatre-vingt ans, originaire d’Ouman ; dans le temps il était vitrier.

 

- Quoi de neuf, grand-père ?

 

- Ça ne va pas encore bien, mais ça ira mieux. Voici ma femme, parlez-lui à elle, moi je n’entends pas.

 

La femme, qui a probablement l’exacte moitié de l’âge de son mari, nous fait visiter le propriétaire ; elle nous mène dans l’écurie où il y a un cheval et une vache ; cela sent le fumier, l’acidité.

 

- Elle donne peu de lait à cette heure, la vache, – se plaint la femme – , elle va bientôt vêler.

 

Pour la subsistance non plus ça ne va pas très bien. La récolte n’a pas bien monté, l’hiver on ne gagne rien, et il faut manger.

 

- Avant aussi vous vous occupiez de la terre ?

 

- Ah ! Le vieux était vitrier, il gagnait bien. La fils labourait, vivait sa vie; mais les pogromistes ont tout réduit en cendres ; ils ont cassé les dents du vieux.

 

Le vieux montre sa bouche édentée, semblable à une tombe vide.

 

Mais il ne faut pas croire qu’il a toujours été comme ça.

 

- Voyez la photographie, dit-il : c’est moi avec ma femme il y a vingt ans, quand on s’est marié.

 

Sur la photographie on voit le vieux, il y a vingt ans il en avait déjà soixante- quatre ; mais sur l’image il paraît jeune, fort, beau. Près de lui se tient sa deuxième épouse, une jeune femme vigoureuse.

 

- C’est nous ! dit le vieil homme. Elle m’a donné un fils. Il n’est plus là, mon fils, il est parti à la ville.

 

Lui-même, le vieux, ne travaille pas dans les champs. Outre le fait qu’il a déjà quatre-vingt-quatre ans et que le travail des champs ne convient plus à son âge, les tueurs l’ont salement touché, à Ouman, pendant le pogrome, et il est diminué. Seuls son fils et sa femme travaillent les douze dyésatins de terre, s’occupant des bêtes et gagnant durement de quoi manger.

 

  • S’il y avait dans le domaine une petite chèvre, un petit veau, le vieux s’en occuperait. Ce sera pour plus tard, quand la vache aura vêlé.

 

Mais rester au coin du poêle, l’octogénaire ne peut pas.

 

- J’irai peut-être vendre des vitres… Je suis vitrier, un bon vitrier. Regardez, c’est moi qui ai mis les vitres de la fenêtre…

 

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A la recherche de son cheval, p. 58.

 

 

 

L’auto continue sa course, ne s’arrête pas. Des colonies, il y en a un bon nombre. Il faut tout voir, tout regarder, et la journée d’hiver est courte, la nuit on ne peut pas rouler, le temps également peut changer. Après tout, on est en décembre, la saison des pluies et des boues : dans la terre noire on s’enfoncerait, se noierait.

 

L’auto court ainsi la steppe. On dépasse un Juif, il a un manteau de ville, léger, un bâton campagnard tout tordu fait d’une branche coupée. Il tient à la main un garçon d’une douzaine d’années qui a une pelisse déchirée de goy.

 

- D’où venez-vous, monsieur le Juif ?

 

- Je suis à la recherche de mon cheval. Perdu, avant-hier !

 

- Vous allez loin ?

 

- Encore à faire quelque chose comme vingt verstes et des poussières ! Peut-être il est revenu au village !

 

- Montez dans l’auto !

 

Il est de Kiev, l’homme au manteau de ville. Il faisait l’artisan en chambre. Maintenant il vit dans une colonie et travaille la terre.

 

Il y a quelques jours il est allé, monté sur son cheval, jusqu’à une gare. Il avait une affaire à régler, il avait pris avec lui son petit garçon. Un instant il est entré dans une auberge sur son chemin, laissant le cheval attaché à la porte par le licou.

 

Et voilà qu’il sort, et malheur ! le cheval n’y est plus !

 

Toute la nuit il a traîné dans l’immensité des steppes, dans le vent coupant, courant les chemins avec son gamin et interrogeant chaque paysan.

 

- N’as-tu pas vu un cheval comme ceci et comme cela, mon ami ? Dis-moi !

 

Mais personne n’avait vu le cheval.

 

Après la nuit il a erré tout le jour, une nuit encore. Maintenant il rentre chez lui à pied avec son petit garçon. Un espoir lui reste encore : peut-être le cheval s’est lui-même détaché et est revenu au village.

 

- La corde non plus n’était plus là ?

 

- Non, la corde non plus.

 

Clair comme le jour que le cheval ne s’est pas détaché lui-même ; on l’a volé. S’il s’était détaché, il serait resté une moitié de la corde.

 

Mais le dire au Juif de Kiev au manteau léger, au manteau de ville, non.

 

Un espoir couve encore dans son cœur – un petit espoir, qui durera tant qu’il ne sera pas rentré. Jusques-là il garde ce petit bout d’espoir, en même temps que le bâton tordu qui lui servait de pique.

 

Et qui aurait assez peu de cœur pour enlever à ce malheureux ce petit bout d’espoir ? Qu’est-il donc, maintenant, sans son cheval ?

 

Bœufs et chevaux, p. 60.

 

 

 

Vous rappelez-vous un jour d’été au kheyder ?

 

Le maître est assis, sa calotte sur la tête, les enfants serrés, pressés tout autour de lui ; on suit dans les Pentateuques en lambeaux, on étudie avec la mélodie :

 

- Tu ne te feras pas de shatnez, de mélange interdit, laine ensemble avec le lin ; tu ne laboureras pas avec ensemble un âne et un bœuf…

 

Moi, comme tous les gamins du kheyder, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une loi comme ça, d’une loi en l’air, sans nécessité : car qui a vu un Juif labourer ? Et quel Juif circulera avec un véhicule tiré par un âne et un bœuf attelés ensemble ? De tous les voituriers que j’ai pu connaître, juifs, aucun n’a jamais attelé ensemble un cheval et un bœuf… Quoi donc, il n’y aurait pas assez de chevaux ?

 

Et voici sur la steppe un Juif conduisant une voiture attelée d’un cheval et d’un bœuf.

 

- Tso-bé ! crie le Juif, tso-bé !

 

Le Juif n’aime pas le bœuf. Le bœuf est lent, puissant mais lent. Un goy ukrainien, c’est l’animal qui lui convient le mieux : tous deux, le goy comme le bœuf, sont puissants et lents ; ils ont le temps, ils sont lourds. Ils avancent pas à pas. Le goy dort, continue en dormant à fumer sa pipe éteinte, et le bœuf se traîne. La steppe est grande, la vie longue, et l’on peut se traîner. Quelle importance ? On n’arrivera nulle part en retard.

 

Le Juif n’a pas tant de temps. Il n’y a pas longtemps, deux ans, un an, voire (tout compte fait) six mois, c’était encore, le Juif, un boutiquier, un courtier, il courait, il se pressait, il se dépêchait, il s’énervait. Il ne peut se traîner aussi lentement, aller pas à pas. Il lui faut se dépêcher, pour revenir en quelques mois à un travail de la terre que ses ancêtres ont abandonné il y a deux mille ans.

 

Et le Juif s’irrite contre le bœuf.

 

  • Tso-bé, crie-t-il, tso-bé !

 

Le cheval lui convient. Tous deux, le Juif et son cheval, ont le même sang inquiet, ils aiment courir et se fatiguer, courir encore, se fatiguer encore ; surtout pas se traîner. Le bœuf est un animal sans inquiétude. Il aime abattre un gros travail, sans se fatiguer, mais dans la durée, pas à pas.

 

Le Juif avec son cheval font la guerre au bœuf qui se traîne, et c’est ce dernier qui l’emporte.

 

Il n’ira pas plus vite, le lourd, le puissant bœuf. Que le Juif et son cheval courent et s’énervent !

 

- Ah, quelle bête détestable que le bœuf ! se plaignent les Juifs. Pouah !

 

Ils aiment mieux avoir un cheval que deux bœufs ; mais les agronomes ont une préférence pour les bœufs.

 

  • Les bœufs leur apprendront à ne pas se presser, disent-ils. Un paysan ne doit pas se presser, s’énerver ; et le meilleur maître en ce domaine, c’est le bœuf.

 

Au demeurant les bœufs reviennent moins cher. On n’a pas à s’occuper d’un bœuf comme d’un cheval, le diable ne le prendra pas.

 

Et le Juif s’habitue peu à peu, il s’étend dans la voiture, exactement comme un goy, il fait un petit somme et murmure dans son sommeil :

 

- Tso-bé ! Tso-bé !

 

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Porcs, p. 62.

 

 

 

Adulte déjà, et même quelque peu mécréant, je ne pouvais pourtant pas totalement concevoir que des goys puissent manger du porc.

 

Ah, quelle répugnance j’éprouvais, quand près de nos fenêtres les jours de foire s’installaient les charcutiers avec leurs côtes de porc et leurs salaisons ; et quelle compassion j’avais pour les malheureux goys qui s’approchaient, se faisaient couper un morceau de shmaltz blanc et graisseux qu’ils mangeaient sur place et pour lequel en plus ils payaient.

 

Je me rappelle que dans la maison d’étude on racontait que seuls les paysans mangeaient du porc ; les hobereaux et les gens importants ne voulaient même pas en entendre parler, exactement comme les Juifs.

 

J’y croyais fermement, et cela me rassurait ; quand je vis pour la première fois le hobereau du shtetl manger bel et bien du porc, même tout un porcelet à la fois, rôti, en pied, avec un brin de persil dans le groin, cela me fâcha ! Tous les gamins du kheyder avaient sans doute le même sentiment.

 

Je rencontre maintenant des porcs dans beaucoup de colonies juives, des porcs grands et gras, de race anglaise, entièrement maculés de boue, se frottant à tous les murs, poussant des cris aigus et des soupirs, et des troupeaux entiers de petits cochons leur courent après, reniflant du groin et grognant en chœur.

 

- Rits, rits, leur crie après une paysanne, et elle les regarde avec les yeux de l’amour.

 

Au début j’étais certain que c’était une goy travaillant chez un Juif, mais bientôt la paysanne se mit à parler l’authentique yiddish de Podolie, avec des o à la place des a …

 

- Je l’ai élevée moi-même, cette truie-là, dit-elle fièrement, et à cette heure elle a souvent des petits. Quand ils auront grandi, si Dieu veut !, on en tirera quelques roubles.

 

- Dans le village, qui élève encore des porcs ? Il m’intéresse de le savoir…

 

- Qui n’en élève pas ?

 

Il apparaît que les Juifs de la région de Poltava élevaient des porcs déjà avant la guerre, ils les tuaient eux-mêmes et les préparaient pour l’hiver.

 

  • Evidemment, dit un paysan d’un certain âge, en pelisse rouge, que rien ne signale comme Juif ; tenez, voici les miens. Rits, rits !

 

Et moi qui croyais connaître les Juifs !

 

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Une réjouissance en semaine, p. 182.

 

 

 

 

 

Cela s’est passé à Moscou.

 

Une connaissance à moi m’a demandé si j’aurais envie d’assister à une fête chez les hassidim de Lubavitsh.

 

Sur mon calendrier, il n’y avait ce jour-là aucune fête, et l’homme en question n’a pas voulu me dire quelle fête ce pouvait être.

 

- Venez à minuit, vous verrez bien, m’a-t-il dit.

 

Cela a éveillé ma curiosité. A minuit, un taxi m’a déposé dans une ruelle du côté de Marasayko.

 

Je n’ai pas trouvé tout de suite. La ruelle était vide et silencieuse, les vieilles portes cochères closes. Ce n’est qu’après avoir beaucoup erré que j’ai entendu quelque chose comme un chant, une mélodie impalpable, elle venait de quelque part en s’étirant. Dans cette ruelle moscovite silencieuse cette mélodie tournait comme quelqu’un qui s’est perdu, comme une vrille, attirant mon âme. J’ai suivi la mélodie jusque dans une cour mutique, dans une cage d’escalier obscure.

 

J’ai frappé. Pendant un quart d’heure peut-être personne n’a répondu ; finalement on est venu.

 

- Kto tam ?

 

- Un Juif !

 

La porte s’est ouverte. Toute une compagnie m’a accueilli comme à une noce.

 

- Bonne fête ! Bonne fête !

 

Avant d’avoir pu me reconnaître j’avais dans la main un verre de vodka.

 

- A votre santé !

 

- Merci à vous !

 

- Il n’y a personne à remercier, me répond un homme à la barbiche frisée ; ça n’appartient à personne.

 

L’assistance est un peu pompette. Deux jeunes gens aux joues rasées dansent sur la table. D’autres chantent, crient. Un vieil homme se verse de la vodka sans cesse, des bouteilles entières, sans être saoul.

 

 

 

- Bonne fête ! crie-t-il chaque fois, et il bat des mains. Bonne fête, Juifs, il faut être plus joyeux, plus joyeux !

 

J’ai vraiment honte. Des Juifs sont là qui boivent, se réjouissent, dansent, se souhaitent « bonne fête ! », et je n’ai pas la moindre idée de la fête dont il s’agit. Il n’était vraiment pas convenable pas de poser la question, mais je n’avais pas le choix, et j’ai interrogé un jeune homme.

 

- Comment, vous ne savez pas ! m’a répondu le jeune homme ; c’est aujourd’hui le dix-neuf de Kislev.

 

J’ai remercié, et, à ma grande honte, continué à ne pas savoir : pourquoi le dix-neuf de Kislev est-il un si grand jour ?

 

Une fois encore, toute honte bue, j’ai posé la question, et j’ai tout su.

 

Jadis, jadis, il y a bien des années, était un rebbé de Lubavitsh. Le rebbé aimait la terre d’Israël et rassemblait de l’argent auprès de ses hassidim pour celle-ci. Il y eut des misnagdim pour dénoncer le rebbé, comme quoi il rassemblait de l’argent pour devenir roi en terre d’Israël… La police politique du tsar prit peur, craignit que le rebbé ne fasse concurrence au tsar ; on arrêta le rebbé, on le lia de chaînes, on l’enferma dans la forteresse Pierre et Paul, où l’on mettait tous les révolutionnaires.

 

Le dix-neuf du mois de Kislev, le rebbé fut libéré, et depuis lors les hassidim de Lubavitsh fêtent cette date. On boit du vin, on fait la noce toute la nuit.

 

Dans l’assistance j’ai vu des ingénieurs (en Russie on reconnaît les ingénieurs à des marques qu’ils ont sur leur casquette), des employés auprès des soviets, des étudiants. Eux-mêmes peu érudits, ils étaient assis et écoutaient l’enseignement religieux d’un petit homme à la barbiche frisée, exactement comme les Juifs ignorants d’antan écoutaient un Juif érudit, dans la maison d’étude, sans comprendre un mot de ce qu’il disait.

 

C’est la révolution qui en a fait des gens pieux (de certains elle a fait des athées, d’autres des gens pieux), ils viennent chez les hassidim de Lubavitsh, font de grands efforts, les pauvres, pour comprendre ne serait-ce qu’un mot de Torah, et ils sont terriblement pieux.

 

D’ailleurs, ils entretiennent tout un groupe d’étudiants de yeshiva, qui dans la ville des quarante fois quarante églises et des quarante fois quarante communes, passent leur temps à étudier la Torah avec grand zèle.

 

L’un de ces étudiants de yeshiva, un jeune homme doté d’une barbe importante, débordait de Torah, il en versait comme d’un sac. Etant lui-même un peu plus moderne il utilisait dans ses propos religieux beaucoup de mots russes : il désirait visiblement plaire aux « glabres ».

 

Le vieux Reb Pérets, lui-même hassid de Lubavitsh et homme astucieux, l’interrompit :

 

- Même le dix-neuf du mois de Kislev, lui dit-il, il ne faut pas être idiot…

 

Et comme l’assistance réclamait encore un peu de Torah, Reb Perets dispensa un enseignement personnel :

 

- Savez-vous, raboysay, pourquoi on n’a pas le droit de boire de la vodka dans un petit verre ? Parce qu’on risquerait, Dieu nous en garde !, d’avaler le verre lui-même…

 


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1 Israel Joshua Singer : Nay rusland, un journal de voyage en URSS (1926) , Ed. Kletskin, Vilna 1928, p. 54.

 

2 Also included is the ballad of Hirsh Lekert (composer unknown, collected by Moshe Beregovski in pre-Holocaust Ukraine), which is based on a true story. On May 1, 1902, factory workers in Vilna organized an illegal demonstration, which was brutally broken up by the police on the order of the Lithuanian governor, Von Wal. A few weeks later, Hirsh Lekert attempted to assassinate the governor and was later hanged. Lekert was regarded as a folk hero and martyr by the workers' movement in pre-Revolution Russia.

 

 

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